Dans ma pratique matérielle spéculative, je me positionne à la fois comme un agent de préservation et de perturbation de la nature. Par le biais de la chimie ancienne, je fais revivre des techniques de production de matériaux artistiques basées sur la récolte et la culture de plantes. Que reste-t-il de la fleur des champs dont on aurait extrait le colorant contenu dans ses structures pour ensuite la précipiter, la sécher et la pulvériser en poudre pigmentaire solide ? Si la démarche est honnête, comment évaluer l'impact de ces manipulations sur les plantes, leur environnement et les êtres qui les côtoient ? En m'engageant dans une pratique qui demande de la patience, du soin et de l'attention, je tente de subvertir le rapport que les sociétés capitalistes tardives entretiennent avec le temps et la performance. Je ralentis ma production pour accompagner le rythme de la croissance des plantes.

Mes dessins, installations, expériences, laboratoires, poèmes et sculptures témoignent d'une temporalité que je veux complexe, où les techniques anciennes rejoignent le cycle naissant des fleurs d'été et où le devenir des éléments naturels est dessiné de manière contrainte et artificielle. Les matériaux qui entrent dans mes sculptures sont consciemment choisis pour leur symbolisme, leur histoire et leur vitalité.

En tant que personne blanche vivant sur des territoires non cédés, dans cette ère parfois appelée de l'Anthropocène, je laisse des traces indélébiles de mon passage ; c'est ainsi que je conçois l'éternité. Je veux que mes œuvres d'art disparaissent sans laisser de traces. J'encourage la dissolution plutôt que la conservation. Je fais de l'art comme une façon de résister au désespoir, en espérant que nous puissions trouver un abri sous un morceau du tissu soyeux du temps.


Mon travail est une ode aux merveilles horribles et grandioses que nous rencontrerons demain, aujourd'hui, hier et au-delà.


_______________


Within my speculative material practice, I positioned myself as both a preserver and a disruptive agent of nature. By means of ancient chemistry, I revive techniques for the production of artistic materials based on the harvesting of wild plants. What remains of the wildflower from which the dye contained in its structures would have been extracted and then precipitated, dried and pulverized into solid pigment powder? If the approach is honest, how can the impact that these manipulations have on the plants themselves be assessed ? In an attempt to respectfully reconnect with natural environments, how can one transform an all too often consumerist and exploitative relationship with natural resources? By engaging in a practice that requires patience, care and attention, I try to subvert the relationship that late capitalist societies have with time and performance. I slow down my production to accompany the pace of the growth of plants.

My drawings, installations, experiment, laboratories, poems, and sculptures testify to a temporality that I want to be complex, where ancient techniques join the burgeoning cycle of summer flowers and where the future of natural elements is drawn constrained and artificial. The materials that go into my sculptures are consciously chosen for their symbolism, history, and vitality.

As a white person living on unceded territories, in this era sometimes called the Anthropocene, I leave indelible traces of my passage; this is how I conceive of eternity. I want my artworks to disappear without leaving any trace. I encourage dissolution rather than conservation. I make art as a way to resist despair, hoping that we can find shelter under a piece of the silken fabric of time.

My work is an ode to the horrific and grandiose wonders we will encounter tomorrow, today, yesterday and beyond.


BIO

Amélie makes art as one would enter a process of transformative grief. She is also a co-founder and was an active member of the feminist edition collective, Les Bêtes d’Hier. She holds an MFA from Concordia University. Her research-based practice is supported by SSHRC, FRQSC, Concordia University Sustainable Action Fund and CALQ.

She works and lives on traditional and unceded territory of the Kanien’keha:ka.

Expositions

2022 LÀ OÙ L'HERBE BRÛLE, (solo), Espace Marconi, MTL                                

2022 Points de Bascule, Centre Clark, MTL 

2021 Maureen IV, Online and publication, https://maureen.group/ 

2019 Entanglement, Galerie VAV, MTL

2019 Hyperstition, Machine, MTL

2019 Graduating students show, Galerie FOFA, MTL

Using Format